Tiger

Peu d’animaux évoquent autant un sentiment de crainte et de respect, et une impression de puissance, que le Tiger. Depuis des siècles, son comportement a inspiré des légendes : le fait qu’il dévore occasionnellement des humains a intensifié le mythe. 

Les Tigers sont les félidés actuels les plus grands. Les Tigers de Sibérie sont les plus gros et les plus puissamment bâtis, le record étant un mâle de 384 kg.

La morphologie du Tiger est la conséquence de son adaptation à la prédation de grosses proies, tout comme chez les autres gros félins. Les pattes arrière sont plus longues que les antérieures - une adaptation pour le saut -, ces dernières et les épaules étant puissamment musclées (nettement plus que les postérieures). L’extrémité des doigts est équipée de longues griffes rétractiles, ce qui permet à l’animal d’agripper et de saisir les proies, une fois le contact établi.

Le crâne est raccourci, ce qui augmente la puissance de cisaillement des robustes mâchoires. Une morsure fatale est prestement accomplie par des longues canines quelque peu aplaties.

Contrairement au guépard et au lion, le Tiger ne fréquente pas les terrains découverts. Son domaine est essentiellement celui des régions à couvert modérément dense où il chasse à l’affût et en embuscade des proies de taille moyenne à grande.

L’unité sociale de base chez le Tiger est la mère et son petit. Toutefois, on a maintenu en commun avec succès des paires et des groupes dans des zoos, et on rencontre des groupes dans la nature (normalement une femelle et un jeune, mais parfois un mâle et une femelle) autour de bêtes piégées, ce qui indique un haut degré de tolérance sociale. Les contraintes de l’habitat dans lequel le Tiger évolue n’ont pas favorisé l’élaboration d’une société complexe, on observe plutôt un système réduit. Celui-ci est bien adapté à la nécessité de trouver et d’atteindre de la nourriture dans un habitat essentiellement clos, où les proies disséminées sont isolées ou en petits groupes. Dans ce cas, un prédateur ne gagne pas grand chose à coopérer pour la chasse, seul, il peut même opérer avec plus d’efficacité.

Une étude de longue durée effectuée sur les Tigers du parc national de Chitawan (Népal), a démontré, en utilisant des émetteurs/ récepteurs, que les territoires des sujets de même sexe ne se recouvraient pas. Les domaines de femelles avaient environ 20 km² et ceux des mâles, beaucoup plus vastes, couvraient 60 à 100 Km². Chaque mâle occupait un territoire englobant celui de plusieurs femelles. Des animaux de passage circulaient parfois dans ces territoires, mais ils n’y restaient jamais longtemps.

En Union soviétique, où les proies sont disséminées et effectuent de vastes mouvements saisonniers, la densité des populations de Tigers est comparativement moindre : moins d’un adulte pour 100 kilomètres carrés. Les Tigers utilisent une variété de procédés pour maintenir leur prédominance absolue sur un territoire. De l’urine, mêlée à des sécrétions anales, est projetée sur les arbres, buissons et rochers bordant les sentiers, et des fèces et touffes de poils sont déposées par tas bien visibles tout autour du territoire Des coups de griffes sur les troncs peuvent également servir d’indication. Ces messages visuels et olfactifs apportent beaucoup d’informations aux animaux du voisinage, qui font probablement connaissance les uns avec les autres par l’intermédiaire d’odeurs. Les mâles s’enquièrent de l’état des femelles, et les intrus sont informés de la présence du propriétaire des lieux. Ce dernier point réduit les risques de conflits et d’affrontements directs, chose que le Tiger solitaire ne peut se permettre puisqu’il ne peut compter que sur sa seule force pour gagner sa nourriture.

 L’importance de ces marques a été mise en évidence par les études faites au Népal. Lorsque des Tigers n’avaient pas visité une portion de leur territoire pour y déposer une indication “occupé ” (du fait de leur mort ou de leur séjour auprès des petits), ils perdaient cette zone en trois ou quatre semaines, au bénéfice de leurs voisins. Il apparaît donc que les limites sont continuellement visitées et vérifiées, et que les Tigers occupant des territoires adjacents sont tout à fait conscients de la présence des uns et des autres.

L’utilisation à long terme d’un même domaine procure des avantages considérables à son propriétaire. Pour une femelle, la bonne connaissance d’une zone est importante, car elle doit tuer des proies avec une certaine régularité pour nourrir ses petits. Quand ceux-ci sont encore incapables de la suivre, elle doit trouver de la nourriture dans une aire restreinte, car elle retourne les allaiter à intervalles réguliers. Plus tard, lorsque les jeunes auront grandi et qu’ils se développeront rapidement, il lui faudra trouver et tuer suffisamment de proies pour nourrir tout le monde.

Chez les mâles, les avantages territoriaux semblent être différents : occupant des domaines trois ou quatre fois plus vastes que ceux des femelles, la nourriture n’est vraisemblablement pas leur problème majeur. C’est plutôt l’accès aux femelles et la paternité des jeunes. Les mâles ne sont pas directement impliqués dans l’élevage des petits. Cependant, quoiqu’il n’y ait pas de preuves aussi évidentes que chez les lions, plusieurs témoignages ont été recueillis de mâles tuant des petits. Ces cas sont habituellement associés avec l’acquisition du territoire d’un mâle par un autre. En tuant la progéniture du précèdent Tiger, le nouvel arrivant a la garantie que les femelles de son nouveau territoire seront en chaleur et porteront sa propre progéniture.

Les Tigers vivant dans une zone d’habitats principaux élèvent plus de jeunes que celle-ci ne peut héberger, ainsi, un grand nombre d’animaux —habituellement des jeunes adultes—vivent à sa périphérie. On n’a pas de schéma clair de l’organisation sociale dans ces zones, mais les territoires sont probablement plus grands et se recouvrent certainement, la reproduction y est peu importante.

 Cette portion périphérique de la population est importante, car elle permet le mixage génétique des individus féconds et garantit qu’il y aura assez d’individus pour combler toutes les places disponibles éventuelles. Malheureusement, ce sont généralement ces Tigers qui entrent en conflit avec les humains, du fait qu’ils occupent le plus souvent un habitat intensément exploité par l’homme et son bétail.

 La maturité sexuelle est atteinte à 3-4 ans. Dans le Nord la période de reproduction est limitée aux mois d’hiver alors qu’elle a été observée en toute saison dans les régions tropicales. La femelle n’est réceptive que quelques jours seulement et l’accouplement peut avoir lieu jusqu’à 100 fois durant 2 jours. Trois à quatre nouveau-nés, pesant environ 1 kg chacun, naissent aveugles et sans défense. La femelle les élève seule, retournant vers sa “tanière ” où elle les nourrit, jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour commencer à la suivre, à environ huit semaines. Les petits restent totalement dépendants de leur mère pour se nourrir jusqu’à environ 18 mois ; ils continuent d’utiliser le territoire de celle-ci jusqu’à 2 ans ou 2 ans et demi, âge auquel ils se dispersent en quête d’un territoire.

La vaste distribution géographique du Tiger, qui englobe tant de biotopes divers, crée l’illusion qu’il s’agit d’une espèce qui s’adapte bien. En fait, c’est un grand prédateur hautement spécialisé qui a besoin de conditions écologiques spécifiques, et qui est beaucoup moins adaptable que le léopard, par exemple. Autrefois répandu dans une grande partie de l’Asie, le Tiger actuel a une distribution et une population très réduites, qui montrent que ses exigences en grosses proies et en zones boisées sont de plus en plus difficiles à réaliser, car les régions convenant au gros gibier à cornes – et donc aux Tigers – sont progressivement utilisées pour l’agriculture. Etant donné que la plupart des réserves sont relativement petites (moins de 1 000 Km²) et isolées, l’effectif des populations est réduit, et il n’y a pas ou peu d’échanges entre elles. Les Tigers deviennent rarement des mangeurs d’hommes ; en fait, ils évitent normalement le contact avec les humains. Quelques anthropophages peuvent être des sujets vieux ou malades, mais il y a aussi beaucoup de cas de jeunes en bonne santé ayant acquis cette habitude. Celle-ci peut démarrer par un accident : une rencontre soudaine qui se termine avec la personne dévorée. Parfois, un simple épisode peut être suffisant pour qu’un Tiger apprenne à tuer un homme. Cela peut dépendre de l’opportunité qu’un Tiger devienne ou non un mangeur d’homme par la suite. On pense aussi que la rencontre “désagréable ” avec les humains, au cours de l’attaque du premier homme, peut décourager toute récidive ultérieure. Mais la quantité des autres proies disponibles doit également compter dans ces cas.